LA DEPRESSION ET L’ENTOURAGE :

Pourquoi les proches d’une personne souffrant de dépression peuvent avoir du mal à la comprendre ?

Les différents symptômes de la dépression peuvent apparaître de façon brutale ou lancinante, et s’installent pour une période minimum de 2 semaines pour être qualifiés d’épisode dépressif.

Ils concernent la sphère biologique, psychologique et sociale de l’individu.

Lorsque la souffrance dure au-delà de 2 ans on parle de trouble dépressif persistant.

On distingue les épisodes dépressifs légers, modérés et sévères.

Cette pathologie est présente aux différents âges de la vie et touche toutes les catégories sociales. Selon l’OMS elle toucherait 5% de la population mondiale.

On dit que 1 personne sur 5 connaît un épisode dépressif majeur au cours de sa vie.

Selon les études on recense 5% à 15% de la population affectée par la dépression.

Une dépression majeure (ou caractérisée ou clinique) est constituée d’un ou de plusieurs épisodes dépressifs dont les symptômes retenus dans le DSM5 actuellement sont :

  1. Humeur dépressive
  2. Diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir dans les activités
  3. Perte ou gain de poids (sans régime) / diminution ou augmentation de l’appétit
  4. Insomnie ou hypersomnie
  5. Agitation ou ralentissement psychomoteur
  6. Fatigue / perte d’énergie significative
  7. Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée
  8. Difficultés à penser, se concentrer, se décider
  9. Pensées de mort récurrentes ou idéations suicidaires

Pour poser le diagnostic de dépression, le médecin ou psychiatre relève au moins 5 des 9 symptômes, avec la présence obligatoire du critère 1 ou 2, et sur une durée minimum de 2 semaines et vérifie la congruence avec d’autres éléments dont la comorbidité et les diagnostics différentiels.

La dépression est une cassure avec l’état antérieur de la personne : c’est dans ce décalage qu’on observe l’effondrement dépressif. Elle peut être réactive à une perte, une situation douloureuse, une situation traumatique, ou un ensemble d’évènements venant casser psychiquement et physiquement l’individu.

Une souffrance psychique et douleur morale parfois mal comprises par l’entourage :

La dépression est mal comprise par l’entourage car ses mécanismes sont peu connus. Des croyances individuelles et collectives projettent une image parfois négative sur cette maladie invisible.

  • D’une part, après un moment d’écoute empathique, de soutien fort et inconditionnel, les proches peuvent ressentir un sentiment d’impuissance face à l’évolution lente de la maladie ou les rechutes dépressives. Si on prend l’image du triangle de Karpman, l’entourage peut passer de « sauveur » à « persécuteur ». L’entourage s’épuise et se sent inutile. La colère devient présente et amène des comportements agressifs ou d’ignorance qui renforcent le sentiment de solitude de la personne dépressive et donc sa tristesse, sa culpabilité, son anxiété ou irritabilité. Il est important de permettre aux proches de connaître les symptômes et conséquences d’une dépression afin que chacun pose ses limites dans la relation, pour ne pas s’épuiser tout en restant présent pour son proche souffrant.
  • D’autre part, les symptômes liés à l’humeur dépressive sont facilement compris par l’entourage mais la dépression c’est aussi un défaut d’affects positifs : l’entourage projette sa capacité de résilience ou le plaisir procuré par des activités « positives » ou « agréables », et s’imagine que la personne dépressive peut activer son sentiment de satisfaction et de plaisir. Or lors d’une dépression, l’individu est incapable d’éprouver cette sensation de plaisir et les actes du quotidien sont source de souffrance et douleur. Ceci est difficilement acceptable pour l’entourage qui ne comprend pas pourquoi leur proche n’arrive pas à exécuter les gestes du quotidien (se lever, se laver, manger). On parle d’aboulie (abolition de la volonté), d’anhédonie (incapacité à éprouver du plaisir), apragmatisme (incapacité à entreprendre des actions), et athymhormie (perte de l’élan vital). Plus on informe l’entourage, plus on permet une compréhension de la dépression et de ses conséquences.
  • De plus, on ne réagit pas tous de la même manière à un évènement douloureux : cela renforce le sentiment d’incompréhension des proches lorsque la situation précipitante ne représente pas pour eux une souffrance intolérable. Et lorsque la dépression d’installe de façon lancinante, de multiples facteurs causaux agissent et il est difficile de donner du sens à la maladie pour soi-même. Cette incompréhension est pire pour l’entourage.
  • L’entourage est peu sensibilisé aux modifications biologiques dues aux neurotransmetteurs dans la chimie du cerveau. Or le cerveau gère nos pensées, nos émotions et nos comportements. Les connaissances en neurosciences ont beaucoup évolué ces dernières années mais restent encore incomplètes. On sait pourtant que la chimie du cerveau est modifiée par les troubles dépressifs. Or, la dépression est encore trop souvent associée uniquement aux symptômes psychiques. Et pour l’entourage la « fatigue » ou la « démotivation » peuvent être liées à un « manque d’efforts » ou une « faiblesse de caractère ». Avec bienveillance mais maladresse, les « conseils » portent alors sur la motivation à « se bouger » pour « s’en sortir ». Et cela peut aller jusqu’à la stigmatisation sociale des personnes dépressives. On pointe du doigt le « manque de volonté ». Or la personne souffrant de dépression est dans l’incapacité de faire bouger les choses positivement pour elle sans un traitement adapté (les médicaments ne sont pas prescrits pour toutes les dépressions et suivant les âges ils sont à proscrire).
  • On sait que la guérison est un processus lent avec des possibles rémissions et rechutes. Mais ce n’est que lorsqu’on souffre de dépression qu’on en prend conscience. Et ce facteur temps est difficile à comprendre pour l’entourage. La prise en charge soulage dans un premier temps les symptômes et stabilise la personne, puis un travail thérapeutique de fond permet de redonner du sens à sa vie et retrouver l’élan vital et la confiance en soi. Tout au long du processus les périodes de repli sur soi, de perte d’estime de soi, et de perte de plaisir dans les activités peuvent dérouter l’entourage. Et de la même manière lorsque la personne remanie son monde interne, que son cerveau désapprend un fonctionnement pour en apprendre un nouveau, que les blocages cognitifs et émotionnels sont levés, alors les comportements nouveaux apparaissent et peuvent surprendre l’entourage.
  • On peut aussi relever la difficulté de verbaliser ses émotions lorsqu’on souffre de dépression, et de faire confiance pour se confier, avec un sentiment de honte vis-à-vis de l’entourage : par conséquent la communication avec l’entourage est difficile et cela renforce l’incompréhension.

  • Enfin l’entourage peut avoir peur : la dépression est un facteur de risque du suicide, et cela peut provoquer une angoisse chez les proches. Si le sentiment d’inquiétude est trop intense on peut alors le mettre de côté psychiquement et le nier. On se défend en se persuadant qu’il suffit de « décider » pour changer. On a peur que ça nous arrive » et donc on préfère croire qu’il suffit de « garder le contrôle ».

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